Auteur Sujet: Lu dans la Presse  (Lu 8446 fois)

20 décembre 2002, 08:09:42 pm 20:09
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Jamel

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Voici un large extrait d'un article paru dans le Journal "Le Temps" du 15 décembre 2002 sous la signature de Habiba MEJRI

Du jour au lendemain, des citoyens pernicieusement spoliés d'un attribut essentiel de leur dignité, passent leur journée "au frais" dans les méandres des administrations. Ignorés, délaissés, sans autre occupation que de se ronger les ongles, les plus fragiles sombrent dans la déprime, les autres se débrouillent pour arriver à tenir. Beaucoup ne s'expliquent pas les causes de la tragédie qui les frappent.
Les raisons de la déperdition sont multiples. Elles sont toujours inavouées. Les plus pernicieuses sont celles qui relèvent du champ de la psychanalyse. Elles sont les plus imparables. On ne sait pas quand ça se déclenche mais une fois la machine en route, les dégâts peuvent être dévastateurs.
Il suffit parfois d'un rien pour attirer les foudres. Un mot mal perçu, une attitude incomprise ou tout simplement une façon d'être peuvent déclencher les hostilités.
Ca peut aussi venir d'un certain "instinct de survie", d'une catégorie de ronds-de-cuir, qui se sentant "menacés" dans leur autorité, pratiquent "la politique du vide", en se dépêchant d'éloigner ceux qui n'appartiennent pas à la race des moutons.

La liste des indésirables peut être, au gré de la qualité du chef hiérarchique, plus ou moins longue. Elle peut comprendre ceux qui sont "heureux de vivre et le montrent", ceux qui sont "confiants" en leurs atouts et le prouvent", ceux qui "tout en étant sérieux ne se prennent pas au sérieux", ceux qui "ont du caractère et de la compétence", ceux qui "sont lucides et francs".
Bref, tous ceux et celles qui "ne répondent pas aux normes personnelles et très sélectives du chef. Hasard ou pas, le phénomène frappe le plus souvent des éléments valables, sinon prometteurs et qui sont parfois réduits à venir tous les jours à leur bureau pour ne rien faire...

Le frigo ne connaît pas la solidarité.
Le phénomène reste, quelle que soit son ampleur, un problème personnel, vécu dans la solitude. En effet, sitôt marginalisé, la "victime" voit le vide se faire autour d'elle par peur de s'attirer les foudres du chef, les collègues de tous les jours se dépêchent de rompre avec "la porte qui amène le vent". Les "placardés" n'ont qu'à se morfondre sur leurs lieux de travail en regardant le temps s'égrainer lourdement. Ils n'existent plus ou presque. "Lifrigo" comme on l'appelle chez nous, n'intéresse personne. Pour aussi répandu qu'il soit, le phénomène n'a fait l'objet d'aucune étude, et ne figure dans aucun des divers programmes qui se sont attelés à la mise en valeur des ressources humaines nationales. On devrait établir les statistiques de ceux qui sont payés pour ne rien faire.
Certains en viennent en effet, vue de l'extérieur à croire que cette situation peut être avantageuses en permettant à ceux qui viennent de se la couler douce, de passer le temps à ne rien faire , sinon à bouquiner et à lire les journaux.

La détresse n'est pas uniquement d'ordre moral; elle est aussi et surtout d'ordre professionnelle. En effet, le placard arrête, dans sa logique, toute promotion professionnelle. S'il dure, il peut geler une carrière, briser des vies.



20 décembre 2002, 10:52:47 pm 22:52
Réponse #1

ALCHIMISTE

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Salut,
 Un trés bon article qui traite d'un sujet toujours présent pour l'administration tunisienne. Ce sont les conséquences d'une bureaucratie catastrophique : une administration qui ne cherche guère à mettre " the right person in the right place "  mais  - avec une contradiction -  les aptes dans "lifrigo".

Bonne fin d'année avec l'espoir que notre administration rejoindra notre époque . :'(
« Modifié: 21 décembre 2002, 12:25:44 pm 12:25 par admin »
KG

19 février 2003, 09:38:16 pm 21:38
Réponse #2

Jamel

  • Invité
Un nouvel article dans la presse tunisienne, cette fois un hebdomadaire, en l'occurrence le journal "Tunis-Hebdo" n° 1468 du 17 au 23 février 2003 sous la signature de Aboujawher GORDAH.
Par harcèlement moral dans le monde du travail, il faut entendre toute conduite abusive qui survient sur le lieu de travail par différentes méthodes.
Ces dernières sont nombreuses. On distingue surtout:
L'ISOLEMENT
L'agresseur étant souvent un supérieur hiérarchique, il fixe les règles de communication. On ne doit pas parler au salarié ciblé, on doit faire en sorte qu'il n'ait pas d'informations. Cela est encore aggravé dans les systèmes très hiérarchisés où il n'est pas question d'aller parler au responsable à l'échelon au-dessus. L'agresseur isole la personne ciblée pour qu'elle ne puisse pas se plaindre à d'autres et éventuellement être soutenue. Le silence et le vide se font peu à peu autour de la personne ciblée. Le silence d'étend aux collègues soit par lâcheté soit consciemment par cynisme. Les systèmes de solidarité ayant disparu, c'est désormais le règne du chacun pour soi.
LES AGISSEMENTS HOSTILES
Les premiers actes de harcèlement moral qui apparaissent concernent souvent des atteintes aux conditions de travail. C'est pour cela qu'il y a plus de harcèlement moral dans les professions où la tache est difficile à définir, mais autorise une certaine élasticité. Pour déstabiliser quelqu'un, il suffit de monter ses erreurs en épingle, de lui donner des objectifs impossible à atteindre, ou des taches absurdes ou inutiles à faire. En harcelant une personne, on ne cherche pas à critiquer son travail, mais à la viser personnellement dans une volonté de nuire. Le but est de dominer à tout prix et de casser l'autre en s'attaquant à ses points faibles. Il ne s'agit pas de trouver une solution à un problème ou de régler un conflit, mais d'instaurer un rapport de force. Le but est atteint lorsque la personne s'y soumet.
LES BRIMADES
La perte de sens dans le harcèlement moral est déstructurante. Une personne est mise de côté, maltraitée ou humiliée sans qu'elle ne possède les moyens de comprendre pourquoi, sans qu'on lui dise ce qu'on lui reproche. Souvent les brimades sont de nature aléatoire, les modes varient selon les jours. Souvent la personne visée se perd dans un questionnaire sans réponse. Viendrait-elle à corriger ce qui déplait à son agresseur, le processus se poursuivrait jusqu'à son élimination. L'agresseur, qu'il soit individu ou système, est dans le déni de l'agression. Comment comprendre qu'une personne qui a énormément investi dans son travail se retrouve soudainement mise de côté, sans qu'on ne lui confie plus de travail, qu'on l'isole, qu'on l'humilie? Ce n'est pas parce qu'elle a cessé d'être compétente ou qu'elle a démérité d'une façon ou d'une autre, car cela pourrait être signifié et pourrait justifier un licenciement. Mais, c'est beaucoup plus parce qu'elle a eu la malchance de ne pas avoir les bonnes alliances sociales ou le bon réseau d'amitié ou bien parce qu'elle est différente, ou encore parce que ses qualités professionnelles la rendaient justement menaçante pour quelqu'un d'autre. Il y a là une perversion du travail puisqu'on a oublié la finalité de celui-ci pour ne retenir que la lutte pour le pouvoir.